Je reviens dans mon environnement familier.
Elles et eux vaquent tristement aux occupations liées à un décès, émaillées de pleurs, d’obligations légales et réglementaires.
Les jours et les nuits se suivent.
J’ai essayé de communiquer ma présence, mais personne ne réagit.
J’ai laissé mes dernières instructions sur l’ordinateur du bureau, il semble qu’ils n’arrivent pas à l’ouvrir, le mot de passe leur est inconnu.
C’est stupide de ne leur pas avoir communiqué, mais on n’est toujours plus intelligent après qu’avant.
Mon corps a été brulé, selon ma demande, les cendres ont été dispersées dans les bois, la famille et les amis ont fait une fête dans le jardin, mais le cœur n’y était pas.
Sur les lieux de l’accident, les carcasses des voitures ont été enlevées depuis longtemps, mais j’ai pu, par pure volonté, les suivre jusqu’à la casse.
Autour du second véhicule, non loin des restes du mien, le type qui la conduisait tourne encore comme une abeille.
J’ai essayé de le contacter, mais il n’entend pas ou ne veut pas écouter les appels.
Quelques entités présentes m’ont expliqué que ces lieux, ce cimetière de biens matériels est une fourmilière d’esprits qui ne veulent pas accepter leur mort et restent ainsi accrochés au dernier symbole de leur vie passée, celui par lequel ils ou elles ont traversé leur réalité.
Voyons, quels étaient mes repères lorsque j’étais en vie ?
Mes clients, mes connaissances, ma famille proche et lointaine.
J’entends tousser derrière moi.
-Papa ?
-Salut Fils. Comment te sens-tu ?
-Euh…je… ça va.
Il est jeune, comme sur les anciennes photos que je gardais dans mon bureau.
On tombe dans les bras l’un et l’autre, je me comprends, ce ne sont que des embrassades projetées.
-As-tu vu maman ?
-Non, elle n’est pas dans ou sur ce niveau.
-Tu l’as cherchée ?
-Non, si elle était là, il suffirait d’y penser et nous serions mis en sa présence.
Il y a beaucoup de membres de notre famille, de tous côtés, l’arbre des vies est grand.
Certains et certaines sont coincés dans leur refus d’être morts, d’autres errent à la recherche d’une fenêtre ou d’une porte à ouvrir.
Bon, on se verra plus tard, je vais essayer de me faire accepter pour quelques sessions de plus dans une des cités d’études.
D’un coup, il disparaît, me laissant avec mes questions.
Lorsque l’on naît sur la terre, l’apprentissage se fait naturellement, par la famille quand celle-ci est présente, ou l’expérience, parfois difficile, quand il n’y a pas de famille.
Ici, mis à part la passeuse d’âmes du début, il n’y a rien.
Pas de mode d’emploi.
A peine ai-je pensé cela, que je me retrouve dans une sorte d’immense halle, avec son centre un panneau :
Organisation du niveau.
C’est comme un plan de ville, multi-dimensionnel, sur lequel il suffit de diriger son regard pour comprendre l’endroit choisi.
Le plan, ses dépendances sont en surbrillance avec toutes les informations utiles.
C’est à nouveau une question de vibrations.
Un esprit ouvert arrive à diminuer ou augmenter ses champs d’activités, ce qui lui permet d’évoluer du plus bas étage au sommet du niveau, frontière qui demande une nouvelle perception du sentiment premier pour être franchie. Ce sentiment premier, c’est ce que l’on nomme « Amour » en langage terrien, mais qui ici prend un sens plus large et inclut une compassion totale.
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